Langage : éduquer pour prévenir

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Début 2007, le linguiste Alain Bentolila faisait paraître un essai intitulé « Le verbe contre la barbarie ». Son but était d’alerter les pouvoirs publics sur un état d’urgence linguistique qui est au cœur de la problématique des banlieues. En préambule, partant de sa propre expérience de père, il s’interrogeait sur la genèse du langage aux premiers mois de l’enfance. Lecture.

Langage : l’enfant comprend avant même de parler

Partant d’une anecdote selon laquelle sa fille, refusant de s’alimenter, retrouva l’appétit à la suite d’un long discours de sa mère, discours qu’à priori elle n’était pas à même de comprendre, Alain Bentolila affirme sa conviction que le langage prend sa source bien en amont des premiers balbutiements. A ce titre, il insiste sur la nécessité de bannir le parler « bébé » pour amener l’enfant à la juste compréhension. « J’ai la conviction que nous avons trop tendance à minimiser l’appétit et le pouvoir de compréhension du jeune enfant. […] Bien avant que ne soient prononcés les premiers mots, l’enfant ajuste son regard à celui de sa mère qui, elle, voit le monde à travers les « lunettes » de la langue. Il tente de découvrir pas à pas « le monde à dire » avant de savoir le dire. »

Apprentissage : l’enfant découvre le bruit des mots

Au cœur de l’ouvrage du linguiste, le rôle d’un adulte accompagnant, parent ou enseignant, est essentiel dans le jaillissement d’une parole précise et riche. La fonction tutrice de l’adulte joue à plein. « En ce qui concerne l’articulation des sons, comme pour les autres éléments du langage, l’accueil bienveillant des essais maladroits du petit enfant ne doit jamais effacer l’exigence de la précision. C’est lui rendre un service précieux que de lui montrer que « Paul » n’est pas « bol », que « poule » n’est pas « boule », que « balle » n’est pas « bulle »… ; c’est lui signifier très tôt que l’on se soucie de le comprendre, que l’on croit en sa capacité de se faire comprendre. »

Construction du langage : l’enfant découvre le sens et l’arbitraire des mots

Entre 10 et 15 mois, l’enfant vit une étape très importante. Apprenant à nommer peu à peu son environnement immédiat, il va découvrir aussi qu’un mot à sa propre existence, distincte de l’objet qu’il a servi à nommer initialement. Ainsi, le mot « ours » qu’il n’appliquait qu’à sa peluche, va devoir s’en détacher pour devenir un nom commun à part entière. L’enfant va faire peu à peu l’expérience de la convention du langage, puis de son arbitraire. « C’est parce que la forme des mots n’a aucun rapport motivé avec la réalité qu’ils peuvent assurer l’emprise de l’intelligence humaine sur le monde. »

Développement du langage : l’enfant apprend à tenir des propos sur le monde

Les mots que l’enfant utilise prennent peu à peu une distance importante avec les objets qu’ils désignent. Discours rapporté, projection dans un avenir immédiat, tout concourt à investir l’abstraction du langage. Ils font alors l’apprentissage de la syntaxe. D’une succession de mots, ils doivent réussir à produire un message à portée globale. L’enjeu est de taille : prendre sa place dans le monde, y faire entendre sa voix. «  Le petit enfant tenant ses premiers propos sur le monde affirme ainsi à l’autre sa volonté de mieux tenir les rênes d’une communication qui sert plus surement ses intentions. »

Là encore, le rôle de l’adulte est essentiel à la construction de son apprentissage. Là encore, il est urgent d’obliger l’enfant à reformuler, urgent de ne pas anticiper la compréhension de son discours et d’attendre de lui plus de précision. « Combien sont-ils ceux qui ont la chance de trouver sur le chemin de la découverte des enjeux de la langue les médiateurs bienveillants et exigeants qui sauront reconnaître l’intelligence sous les tentatives maladroites, analyser les approximations pour les transformer en conquêtes nouvelles ? Combien sont-ils ceux qui, livrés trop tôt à eux-mêmes, puis à la machine scolaire, verront leurs essais langagiers se perdre dans le silence et l’indifférence ? »

Apprendre ce que parler veut dire

L’enfant fait alors l’apprentissage de la fonction éminemment sociale du langage. « Sortir du pré carré de la familiarité et de la connivence, pour s’adresser à ceux que l’ont connaît moins pour leur dire des choses qu’ils ignorent, tel est le vrai défi de l’apprentissage de la langue. […] A cette maîtrise du langage, bien des enfants n’accéderont pas. Ce sont des enfants qui ont un développement cérébral normal et qui pour autant sont en situation d’insécurité linguistique dès que s’impose à eux la distance… » Ces enfants, n’ayant pas trouvé les médiateurs nécessaire dans leur appropriation du langage rencontreront par la suite les plus grandes difficultés dans l’apprentissage de la lecture.

Ecole maternelle : un apprentissage du langage mal adapté !

La famille en se délitant ne sait plus toujours remplir son rôle d’ouverture de la petite enfance au langage et au monde. Quelles institutions peuvent en prendre le relai ? Sont-elles efficaces ? L’ouvrage D’Alain Bentolila ouvre à ce sujet un débat de taille : celui de la maternelle avant 4 ans. Dans l’état actuel de l’organisation scolaire, le linguiste met en garde contre une mise en danger des élèves. « Lorsque l’école a décidé de « laisser venir à elle les petits enfants de 2 ans », elle n’avait ni les lieux ni surtout les femmes et les hommes capables d’accompagner les tout-petits dans leur développement linguistique, psychologique et affectif. Mais, il faut le reconnaître, elle a répondu légitimement à une demande sociale, urgente et forte, qu’aucun organisme ne prenait en charge. […] Nous devons donc avoir pour l’école maternelle française une grande ambition : elle doit réhabiliter au plan sémiologique et culturel une part importante des enfants qui lui sont confiés et changer ainsi pour beaucoup leur destin scolaire. »

Et si l’effort, qu’on fait toujours porter sur les collèges, avec des moyens importants, se déplaçait pour une fois en amont des enjeux de socialisation ? Si pour une fois, on se donnait la peine d’entreprendre la grande réforme des premières années de maternelle, qu’Alain Bentolila appelle de ses vœux ? Obtiendrait-on un moins bon résultat que le désastreux bilan de la politique des ZEP ?

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